Martial Solal parle de son nouveau disque, « Histoires improvisées – paroles et musique »

Depuis quelques années, on nous met en garde contre l’abus de I’alcool, du tabac, du jeu. On ne prévient jamais des dangers de I’improvisation… L’improvisation est pourtant une activité à haut risque. Pour le musicien comme pour ceux qui I’écoutent…

Pour profiter pleinement d’une musique qu’il découvre, l’auditeur aussi doit savoir consommer avec modération. Je pense que ce disque ne doit pas être écouté en une seule fois. Ce n’est pas un livre à suspense dans lequel on aurait hate de tourner la page pour connaitre la suite de histoire…

Il s’’agit plutôt d’un recueil de nouvelles, de souvenirs de lieux ou de personnes que j’aime ou que j’ai aimées. 

L’aventure, imaginée par Jean-Marie Salhani, m’a été proposée alors que je venais de décider de fermer mon piano avec |’intention de ne plus enregistrer, de ne plus paraitre en public. 
 
Vous pouvez constater que j’ai accepté de jouer le jeu… Sans préparation autre que physique, comme avant un concert. La règle consistait à improviser une vingtaine de pièces, plutôt assez courtes, inspirées par un nom ou quelques mots inscrits sur 52 petits carrés de papier contenus dans un chapeau. Je n’avais plus qu’à fermer les yeux, et extraire un à un ces papiers qui me serviraient de point de départ.

Contrairement a la plupart de mes disques précédents, il ne s’agissait pas d’improviser sur des grilles de standards ou autres.

Je ne me suis pas embarrassé de l’idée de produire un disque de jazz , de musique classique ou contemporaine, ne refusant aucune des idées ou des réminiscences qui me venaient a l’esprit pendant que je jouais. J’ai souhaité dire quelques mots, après avoir pris connaissance de chaque petit papier extrait du chapeau, pour expliquer à qui, ou à quoi je penserai en jouant.

(c) Damien Jacobs

Après l’enregistrement, j’ai eu la faiblesse (ou la curiosité) de lire tous les petits papiers que je n’avais pas dépliés.

Et j’y ai découvert nombre de noms qui sont trés importants pour moi et que je n’avais pas pu mettre en musique : André Hodeir, Lucky Starway, Club Saint-Germain, Aimé Barelli, Lucky Thompson, Village Vanguard, Marius Constant, Zoé Solal, Newdecaband et bien d’autres… Sans parler de tous ceux qui ne figuraient sur aucun de ces petits bouts de papier et qui sont ou ont été tout aussi indispensables à ma vie !

Le sort, avec la complicité de mon producteur et ami, a décidé pour moi… 

 
Le tout a été enregistré en une seule prise, ce qui peut expliquer quelques redites et le côté parfois débridé ou irréfléchi… 

J’ai joué de la même façon queje le ferais chez moi, le matin, juste pour divaguer sur le clavier.

En réalité, mes voisins n’ont droit, eux, qu’a des exercices, ou presque…

Martial Solal
23 août 2018

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Regarder ce tout récent interview de Martial Solal par Michel Mompontet sur CultureBox

 

Un entretien avec Lukas Geniušas

 

Nous avons rencontré l’été dernier Lukas Geniušas au lendemain du récital passionnant qu’il a donné au Festival  » Piano Rarities  » de Husum. Dans la première partie de cette interview nous revenons sur son histoire familiale, sur sa Grand’mère, tellement importante dans sa formation, sur les musiques qu’il aime à défendre. Et sur cet héritage qui est d’une manière ou d’une autre toujours celui de tout pianiste russe : celui de l’Âge d’Or du piano soviétique.


  • Par HANNAH KROOZ
    Cet article a été complété et mis à jour le 29 novembre 2018

Vous êtes donc issu d’une famille de musiciens… Votre père, Petras Geniušas, est pianiste, votre mère, Xennia Knorre, est professeur de piano. Et votre grand-mère, Vera Gornostayeva  fut un professeur d’une importance majeure au Conservatoire de Moscou, où elle a formé une kyrielle de pianistes parmi les plus prestigieux….

Bon. Vous commencez par une question qui m’est sans cesse posée et qui me suivra je pense encore longtemps ! À une époque je n’étais pas si content d’être toujours interrogé là-dessus. Je ressentais cela comme un caillou dans ma chaussure. Mais plus récemment j’ai compris qu’il me fallait l’admettre, et maintenant je le vis mieux. D’ailleurs, je ne peux qu’être reconnaissant à la Providence d’être né dans une telle famille. C’est un facteur crucial de mon existence. Tout ce que je peux faire maintenant en musique, je le dois en fait à ma grand’mère, et à l’environnement familial, les amis, le cercle musical qui a toujours été celui de ma famille. Mes collègues qui n’ont pas bénéficié d’un tel environnement ont eu une formation différente sans doute, et auront une vie différente. Pour moi, les choses sont venues, disons, naturellement – pour d’autres cela l’est moins.

Ma grand’mère, Vera Gornostayeva venait de cette tradition de l’Âge d’or du piano russe, de ces artistes qui ont été formés par Heinrich Neuhaus, le professeur de Richter, de Gilels, de Zak et tant d’autres pianistes exceptionnels qui ont bâti l’histoire fantastique du piano à l’époque des Soviets. Dans la tradition du piano russe, l’un des professeurs les plus importants, les plus respectés c’est vraiment Heinrich Neuhaus. Vera a eu la chance d’être l’une de ses élèves très proches. Elle a reçu cet héritage dans sa pleine dimension. Elle n’a pas été seulement influencée par lui, elle a été une sorte d’héritière, de fille. C’était une manière d’enseigner qui impliquait d’être complètement sous la coupe de son professeur ! Très différent de ce qui se passe aujourd’hui où vous picorerez à droite et à gauche, où vous irez prendre des masterclasses chez untel ou unetelle… Non, à l’époque c’était très, très différent. Vous écoutiez, vous croyiez, vous suiviez, vous vénériez,  vous dépendiez de votre professeur !

Heinrich Neuhaus – Photo : X – DR

Et avec un professeur comme Neuhaus, en l’occurrence, cela avait un sens, cette dévotion de l’élève. Neuhaus avait une telle culture, en général, et une telle culture musicale, une telle science ! Une telle humanité, aussi. C’était un homme qui pouvait jouer à son élève n’importe quand et à tout moment n’importe quel Prélude et Fugue de Bach, chaque voix séparée ! Et ma grand’mère a fait perdurer, vivre, cette tradition toute sa vie.  Elle a entretenu cette flamme. Comme si elle portait en elle Neuhaus toute sa vie. Et je crois qu’en me faisant travailler, elle a fait comme il avait fait avec elle.

Mais en ce qui vous concerne, vous n’étiez pas un élève normal, vous étiez son petit-fils !

J’ai eu ce privilège d’être de la famille. Et bien sûr elle a pris soin de moi plus que de quiconque. Elle m’aimait tellement. Elle voulait me transmettre tout. Tout ce qu’elle savait. Nous étions déjà dans la dernière période de sa vie, les dix dernières années. Et le caractère des personnes change, à la fin de leur vie. Les gens deviennent plus forts, plus intransigeants, ils n’ont plus de temps à perdre et ce ne sont pas toujours les meilleurs aspects de leur caractère qui, d’ailleurs, ressortent à ces périodes-là : il peuvent être cassants, abrupts. Moi, ma mère et elle avons eu des moments difficiles ensemble. C’était un triangle de gens aux caractères bien trempés !

Parce que, à un certain moment, il y a quand même eu un choix de fait, de vous confier à votre Grand’mère pour qu’elle soit votre professeur, non ?

Je ne suis pas certain qu’il y ait eu tellement le choix, je dois vous dire… [Sourire]. Dès qu’elle a découvert que j’avais un talent particulier pour la musique, elle m’a pour ainsi dire préempté. Et pendant les dix années qui ont suivi, j’ai été enrôlé dans son laboratoire. J’ai été son objet de recherches pendant les dix dernières années de sa vie.

Elle a donné d’innombrables concerts au cours de sa carrière jusqu’à l’âge de 60 ans. Et elle a enseigné pendant 55 ans. Au cours des dix dernières années de son existence, elle a arrêté de donner des concerts mais elle avait encore beaucoup d’étudiants, plus que jamais. Dans ma personne, elle a trouvé un champ d’expérimentation pour toutes ses recherches. Elle voulait tout me transmettre. Tout. Elle voulait me former, me façonner, vers ce que j’allais devenir…

Vera Gornostaeva – Photo : X – DR

Mais elle n’avait pas été votre premier professeur. Avant elle, vous aviez eu d’autres pédagogues…

OK… d’autres professeurs, certes, mais qu’elle avait, elle, enrôlés, trouvé pour mon compte ; en qui elle avait totalement confiance, et à qui elle avait fixé une mission !

Elle-même avait une forte expérience dans l’enseignement des tout-petits. D’ailleurs, pendant 20 ans, elle a été professeur invitée à la Yamaha Music School à Tokyo, du début des années 90 à 2011, sa dernière visite au Japon. Elle y jouissait d’une affection particulière en tant que professeur et en tant que récitaliste. A la télévision soviétique aussi, elle participa à bien des programmes destinés à faire connaître la musique classique, à en traduire le sens auprès des audiences les plus larges, les plus populaires. Elle n’était pas de ce genre de professeurs uniquement intéressés par l’élite des futurs interprètes. 

Est-ce que votre père, Petras, a étudié avec elle ?

Oui. Il a étudié avec elle dans les années 80. D’ailleurs, c’est ainsi qu’il a rencontré ma mère ! Vera était ma grand’mère du côté maternel. Une histoire de famille, vous  le voyez encore ! 

Mais alors, quelle était donc la différence entre vous et ses autres élèves ?

Sa classe n’a jamais manqué de talents fantastiques.  A mon époque par exemple, il y avait Vadym Kholodenko, qui est vraiment un pianiste étonnant, qui a été l’un ses derniers élèves. Et si on regarde dans  le passé, des pianistes comme Sergei Babayan ou Ivo Pogorelich ont travaillé avec Vera. Pogorelich n’en parle plus. Il est dans un autre état d’esprit. Il pense et dit que son seul professeur a été sa femme, Aliza Kezeradze – c’est un fait qu’il a travaillé pendant 5 ans au Conservatoire de Moscou avec Vera

Mais avec moi c’était différent. J’étais son petit-fils. Elle m’a consacré plus de temps qu’à personne. Notre relation n’était pas « normale ». Je ne devais pas seulement venir plusieurs fois par semaine : je pouvais venir tous les jours. Ou plutôt : elle attendait de moi que je vienne chaque jour ! Pour travailler seul d’abord, puis pour des leçons avec elle, qui pouvaient durer de une à quatre heures, sans discontinuer ! Ce n’était vraiment pas sa manière de faire habituelle avec les élèves.

J’avais ce privilège de l’avoir à moi, elle pouvait se dédier complètement à moi. Elle m’a « chargé » pendant toutes ces années, avec toute son énergie, tout son savoir, en plus de tout son amour… On pourrait en parler des heures. Un jour peut-être je pourrais même écrire un livre là-dessus. Car ce fut une expérience hors du commun.  

Conservatoire Tchaïkovski de Moscou – CREDIT : Par A.Savin (Wikimedia Commons · WikiPhotoSpace) — Travail personnel, FAL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=61436139

Comment votre famille, Vera, vos parents, vous-même, avez-vous vécu la fin du communisme – quel regard portez-vous sur le changement de monde qu’a entraîné la chute du Rideau de fer ?

Ma famille et Vera elle-même étaient dissidents à l’époque soviétique en ce sens qu’ils n’étaient pas dans le cercle, dans les petits papiers du Parti. Pour être un artiste officiel, il fallait faire allégeance d’une manière ou d’une autre. Vera ne parlait pas mal du Parti de manière publique, mais par exemple elle était croyante et pratiquante, et cela se savait. Et ce n’était pas bien vu. Elle était intellectuellement aussi peu conforme – parce qu’elle lisait de littérature des écrivains étouffés, Soljenitsine par exemple – et cela se savait. Elle avait pour tout dire un mauvais profil au KGB.

Elle fut en raison de cela interdite de sortir du pays pendant 25 ans. Elle était l’amie des mauvaises personnes. Quand les invitations arrivaient, « on » trouvait toujours de bonnes excuses pour ne pas la laisser y répondre favorablement. C’est pour cela d’ailleurs qu’elle a été tellement active pendant la période de l’Union Soviétique et qu’elle y a exercé son métier de manière aussi intense, jouant partout, enseignant à tant d’élèves. Pour notre famille, pour mes parents, pour moi-même, cette expérience d’avoir vu tomber le communisme a été marquante, un grand bouleversement. Après le communisme Vera a pu immédiatement voyager, elle a été invitée à Paris, à Munich, à Tokyo, à Palerme. Elle a fait partie des jurys de concours un peu partout : Leeds, Busoni…

Et quelle est votre réflexion à propos de ce qui est tout de même un héritage, celui d’un vrai Âge d’Or du piano sous le régime soviétique ?

C’est une bonne question, j’y pense souvent, cette affaire d’héritage soviétique, car c’est une part importante de ma personnalité artistique et de tant d’autres d’ailleurs.

Justement, deux compositeurs que j’ai joués hier ici à Husum : Valeri Arzumanov, Leonid Desyatnikov, ont bien sûr été influencés par Chostakovitch. Mais ils traduisent dans leur musique une sorte de souvenir nostalgique des temps soviétiques avec cette présence constante du sarcasme, toujours, qui vient peut-être de Prokofiev, avec ces marches militaires, l’irruption de chansons populaires ou soviétiques… C’est une esthétique particulière parce que cela a été écrit, en ce qui concerne Arzumanov, alors qu’il était émigré, en France. Et pour vous répondre autrement, je dirais que, si je joue ces compositeurs – et à Paris je ferai la création française des Préludes de Desyatnikov, c’est parce que leurs musiques résonnent en moi, avec mon histoire, notre héritage historique, la vie de ma famille, notre vie.

Leonid Desyatnikov. Photo : Copyright Alexey Kostromin

Quoique, Desyatnikov c’est encore un peu différent. Je le joue, j’essaie de le faire connaitre, parce que je l’aime. Il est un ami de la famille, de ma mère. Je l’ai toujours vu à la maison. J’ai grandi d’une certaine manière sous son influence, déchiffrant et jouant sa musique dès qu’elle était composée. 

Le cycle des Chants de Bucovine a été terminé seulement l’année dernière. Il est basé sur des thèmes populaires ukrainiens. C’est le premier opus important pour le piano de Desyatnikov, car d’habitude il compose plutôt de la musique à programme pour le cinéma, le ballet, et pour toutes sortes d’ensembles instrumentaux.

Desyatnikov n’est pas un compositeur qui écrit de la musique « pure ». Dans ses œuvres pour la scène il a développé un langage très personnel qui va chercher des sources, des influences qu’on pourrait dire venir de Strawinski, Tchaikovski, Mahler. Mais c’est une voix singulière, très  reconnaissable par le langage harmonique, par la manière de porter les différentes voix.  Gidon Kremer et Martha Argerich jouent souvent sa musique et il a reçu des commandes de la Scala ou du Met. Et il a même été Directeur artistique du Bolchoï.

Votre famille avait -elle des relations amicales avec d’autres compositeurs ?

Vera était proche, oui, de certains compositeurs. Il y avait par exemple Alemdar Karamanov, ce compositeur ukrainien un peu étrange, très porté sur la religion. Ashkenazy a enregistré certaines de ses symphonies, et Karamanov a composé l’Hymne national ukrainien.

Quels sont les compositeurs de l’ère Soviétique qui demandent maintenant à être redécouverts, selon vous ?

Pour la période de la première partie du XX° siècle, je dirais : Vsevolod Zaderatsky.

Il a été le premier compositeur après Bach, c’est historiquement reconnu à présent, à avoir composé 24 Préludes et Fugues. Avant Chostakovitch. Avant Hindemith. Il les a écrits en camp de concentration pendant l’époque soviétique. Au Goulag. Il avait été arrêté, banni en raison des relations qu’il entretenait avec la famille impériale avant la Révolution de 17.  Sa musique est d’une qualité exceptionnelle. J’ai enregistré certains de ses Préludes et Fugue – ce n’est peut-être pas aussi important que le cycle de Chostakovitch mais c’est unique et nous avons à découvrir davantage d’œuvres de ce compositeur à présent.

De la même époque, il faut retenir le nom de Gavrill Popov. Il est un compositeur étonnant du point de vue de la maîtrise de la polyphonie.

J’espère créer bientôt un programme qui regrouperait trois oubliés : outre Alexeï Vsevolod Zaderatsky et Gavrill Popov, dont je viens de parler, Alexeï Stantchinski, un contemporain et ami de Scriabine, qui s’est suicidé à 26 ans, lui aussi un incroyable polyphoniste.

Nous avons parlé de votre formation, de vos influences, de votre héritage. Et maintenant si on regarde à demain – quel carrière « moderne » souhaiteriez- vous promouvoir, pour vous-même, et, qui sait, comme modèle ?

Je me dois toujours de m’efforcer à maintenir un équilibre entre le répertoire « mainstream ». Tant d’invitations qui me sont faites pour le « grand » répertoire, les « grands » concertos… C’est un répertoire merveilleux mais la démarche des organisateurs est souvent conservatrice. Je rêve de programmations plus engagées, plus inventives, par exemple avec ces répertoires qui nous avons évoqué. J’ai vraiment apprécié pour cela qu’aux Concerts de Monsieur Croche vous m’ayez suivi dans ma proposition et fait confiance immédiatement pour jouer Desyatnikov.

Je ne sais pas ce qui me motive à vouloir découvrir et faire découvrir de nouveaux répertoires, mais j’ai toujours été ainsi. Je n’ai pas encore dans ce métier la réputation, le pouvoir d’imposer tout ce que je veux, mais j’essaie d’agir. Au festival Piano Rarities à Husum j’ai joué les Chants du Rhin de Bizet, et des œuvres Valery Arzumanov ( vous savez qu’il vit en France en Normandie ? ) et Leonid Desyatnikov – mais c’est un festival assez incroyable, sans doute unique au monde ! Ou donc pouvez-vous trouver ailleurs cette sorte de club d’amateurs passionnés qui se réunissent une fois l’an pour jouer et écouter des œuvres rares ? Mon rêve est simple : ce serait de rendre les choses invisibles beaucoup plus visibles.

Des artistes comme Kremer ou Argerich y parviennent…

J’adore Gidon, c’est un ami personnel d’ailleurs… c’est même la famille, encore ! Je ne sais pas si vous le saviez, mais Gidon a été le premier mari de ma mère, et donc ma grande sœur est sa fille ! Il a toujours été pour moi un grand exemple, car il met sa notoriété et donc son pouvoir de négociation au service d’une mission : dévoiler des œuvres et des compositeurs. Voyez comment il a, entre autres, fait connaître la musique de Mieczyslaw Weinberg qui maintenant, enfin, infiltre le « grand » répertoire au point que les opéras de Weinberg sont maintenant produits partout dans le monde ! Finalement ! Grâce à Gidon !

Je ne sais pas si j’aurais un jour cette influence mais à mon échelle, c’est ma mission. Ce n’est pas contre les pièces plus célèbres du répertoire, bien sûr.  D’ailleurs, même chez les compositeurs célèbres il y a du travail à faire. Tout le monde joue le Premier concerto de Tchaïkovski – mais il y a d’autres pièces concertantes de ce compositeur qui sont de grande valeur ! Je travaille à faire mieux connaître sa Fantaisie pour piano et orchestre, par exemple. Personne ne la joue ! Et c’est une œuvre qui se tient très bien, à côté du Premier Concerto ! Pareillement le Troisième concerto, presque personne ne le joue !… Le deuxième concerto, lui-même n’est presque jamais joué – quoi que, Berezovski, or Volodos, ou Matsuev le défendent maintenant. C’est une pièce formidable qui a été délaissée de manière incompréhensible.

Quels sont vos héros en matière de piano ? Vous devez en avoir beaucoup ? 

Tsss… Pas tant que ça en vérité. Vous savez, je suis assez difficile dans mes goûts pianistiques… Je suis assez prétentieux en ce sens… 

J’ai adoré Zoltan Kocsis. C’était ma grande admiration. 

Avec Kocsis, vous pensez que vous avez des points communs en tant que pianiste ? 

J’ai été influencé par lui, c’est vrai. Peut-être par son approche très large de l’instrument … C‘était un pianiste puissant, avec une force de conviction extraordinaire, parfois avec une esthétique un peu rude… Il était très rationnel, ne faisait pas de compromissions… Il était brut dans son Art.  Je lui vouais une telle admiration que longtemps, j’ai eu l’impression d’avoir ses yeux braqués dans le dos quand je jouais ! J’admirais ses enregistrements. J’aurais tellement aimé aller à Budapest jouer avec lui en tant que chef d’orchestre – mais cela n’a finalement pas eu lieu, il est parti si tôt…

Évidemment, Richter a été mon influence majeure, comme pour la plupart des pianistes russes que je connais. Certains préfèrent Gilels à Richter. Il y a toujours eu ce débat, c’est une discussion sans fin…

Sviatoslav Richter et Zoltan Kocsis après un concert. Photo : (c) X – DR

Quelle est la différence entre eux deux ?

C’est un peu comme la différence entre Mars et Vénus, non ? [ Sourire]

Mais vous , vous êtes donc du côté de Richter…

Toujours. Et d’abord parce que je ne suis pas comme lui. On cherche un peu toujours ce qu’on n’est pas !

Pourtant, je pense que j’ai été davantage formé par ma grand-mère dans le sens Gilels ! Elle était très amie avec lui, elle adorait Gilels.  Elle a même enseigné le piano à Elena, sa fille.

Mais moi je préférais, je préfère Richter. J’aime aussi Michelangeli – son style, cette approche  froide… J’aime ce qui n’est pas comme moi ! C’est aussi pourquoi j’ai beaucoup, beaucoup aimé Berezovski quand il était plus jeune, jusqu’à ses 35 ans. C’était un pianiste incroyable. Froid en un sens, lui aussi, mais électrique, puissant. Cela m’attirait beaucoup parce que moi-même j’avais été élevé musicalement dans une direction différente, celle d’un piano chaleureux, chantant… avec cette recherche de l’émotion, de la flexibilité dans le fil du texte, plus idiomatique. Berezovski, si on y pense, n’est pas un pianiste typiquement russe !

Quand on vous écoute, et qu’on vous regarde jouer, on a le sentiment que vous installez votre auditoire dans une sorte de sensation de confort. On aurait envie de vous suivre n’importe où, et dans n’importe quel répertoire, dans n’importe quelle découverte. C’est ce qui m’a jadis frappé, personnellement quand j’ai découvert votre disque des Préludes de Rachmaninov…

C’est un enregistrement désormais assez ancien, réalisé lorsque Vera était encore vivante. Je jouais à cette époque encore dans cette sorte de …

De quoi ? 

De « manière de faire » russe ! Je pense que j’ai pas mal changé depuis. J’ai toujours le même background russe, qui peut être entendu dans mon jeu, et que je ne perdrai jamais. Et j’aime toujours beaucoup ce disque, je dois dire. Mais je suis désormais différent. Je suis parti dans une direction différente. Vous verrez… j’espère que ce récital à Paris vous montrera dans quelle direction ! 

Et maintenant vous vivez à Londres.

Oui. Mais je vais souvent en Russie. Je déplore que l’atmosphère, la situation politique, tout cela ait beaucoup évolué depuis 10 ou 12 ans en Russie. On ne le ressent pas immédiatement dans toute la sphère culturelle. Mais il y a du contrôle, le retour de l’idéologie. Particulièrement dans le domaine du théâtre, par exemple, avec des artistes qui sont bannis, empêchés… L’art est d’ores et déjà affecté. L’atmosphère à Moscou en est changée. 

Quand ma femme Anna et moi nous revenons à Moscou, nous voyons une ville différente de celle dans laquelle nous avons grandi. En atterrissant j’essaie toujours de filer à la campagne directement : là où j’ai grandi, là où se trouvent mes racines familiales, où ma mère et ma grand-mère ont été élevées. Notre maison est très vieille, elle a une centaine d’année. Elle avait été achetée par mon arrière-grand-père pour sa famille, et ma grand-mère a grandi là, à quarante kilomètres de Moscou. Nous avons cinq pianos dans cette maison ! Je m’y ressource.

Anna est pianiste – nous n’avons pas choisi encore, nous ne savons pas bien ce que nous ferons plus tard, ou nous vivrons. Revenir habiter en Russie serait le plus simple, le plus naturel.  À Moscou nous avons tout : nos souvenirs, nos amis, l’attachement à l’histoire de nos familles… Mais quelque chose s‘est évaporé de l’illusion de la liberté qui prévalait dans les années 1990 et 2000, et c’est dommage. Cette époque était certes difficile économiquement, mais il y avait une telle ivresse de vivre à nouveau. Cette joie a disparu peu-à-peu. Un climat différent, des mentalités qui en sont affectées…

Ou se développe le mieux votre carrière à présent ? 

En Europe, et en Asie. Pour l’instant encore peu les États-Unis. Mais je vais davantage au Canada, compte tenu de connexions personnelles et de la Fondation Looking at the stars dans laquelle je suis personnellement engagé.

Et quels sont vos projets discographiques ? 

Le premier album de mon intégrale Prokofiev est paru maintenant, en France, chez Mirare. Le suivant sera également Prokofiev, car nous avons l’intention de faire l’intégrale. Ensuite, ce sera je l’espère le tour enfin des Préludes de Desyatnikov, toujours chez Mirare !

Hannah Krooz
Propos recueillis en août 2018 à Husum (Allemagne)

 Vifs remerciements à Alison Phillips, Agence Kajimoto, pour sa patience et  son aide !


Pour aller plus loin…

SITE INTERNET DE LUKAS

www.geniusas.com

SUR VERA GORNOSTAYEVA

Vera Gornostayeva sur YouTube :
Beethoven – Sonata No. 32 in C minor, Op. 111 – Vera Gornostayeva

Enregistrements audio :

Vera Gornostayeva joue les Trois Sonates de Chopin
Prokofiev: Sarcasmes, Op. 17 & Shostakovich: 24 Preludes
Schubert : Trois Impromptus Op. 90 dans une compilation approximativement réalisée

CD de Vera Gornostayeva disponibles sur le site du label LP Classics :
http://lpclassics.net/catalog/?orderby=popularity

CD disponible sur Amazon :
Brahms, Händel


SUR GAVRIIL POPOV :

Notice Wikipedia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gavriil_Popov_(compositeur)

Plusieurs enregistrements de la musique de Gavriil Popov :
https://open.qobuz.com/artist/583809

SUR VSEVOLOD ZADERATSKI :

– Notice Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vsevolod_Zaderatski

– Les Préludes et Fugue par plusieurs pianistes dont Lukas Geniusas : https://open.qobuz.com/album/0191018352578

SUR LEONID DESYATNIKOV : 

Lire le texte de Lukas consacré à Leonid Desyatnikov ici-même, traduit en français par Monsieur Croche  ! 

Notice Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Leonid_Desyatnikov

– Disques de musique orchestrale :
https://open.qobuz.com/artist/46725

Une œuvre magnifique pour violon et piano d’après Schubert et pour piano 4 mains dans ce disque, interprétées par Aylen Pritchin et Lukas Geniušas :

– « Emancipation of Consonance »
Le récent disque de Lukas Geniušas consacré à la musique pour piano de Valeri Arzumanov et Leonid Desyatnikov

SUR HEINRICH NEUHAUS
« L’Art du Piano » – le livre de Heinrich Neuhaus

 

 

Triomphe pour Vladimir Feltsman en ouverture de la saison des Concerts de Monsieur Croche

Ce fut de l’avis général une soirée exceptionnelle, vraiment inoubliable. La personnalité, la force de conception — et en fin de compte ce qui compte le plus : la capacité à colorer, à émouvoir, à transporter de Vladimir Feltsman ont fait merveille sur le public de Gaveau, salle pleine, conquise qui lui a fait un véritable triomphe.


En bis, Vladimir Feltsman a joué : 

Johannes Brahms, Intermezzo Op. 118 n°2
qui figure sur son plus récent disque paru : 
Ecouter sur Spotify 
 Ecouter sur Qobuz

Frédéric Chopin, Mazurka  No 41 Opus 63 n°3
Le disque de l’intégrale des Mazurkas par Vladimir sortira début 2019


Le concert a été suivi d’une longue séance de rencontre et de dédicace avec l’artiste, à laquelle se sont joint amateurs et professionnels venus saluer le pianiste.

Photo : (c) Concerts de Monsieur Croche
Vladimir Feltsman, Yves Riesel, fondateur des Concerts de Monsieur Croche, et Jean-Claude Casadesus – Photo (c) Concerts de Monsieur Croche

Une critique élogieuse dans « Le Monde »

Dans son édition datée du samedi 13 Octobre, le quotidien Le Monde a publié un compte-rendu de ce concert sous la plume de Anna Sigalevitch :

 » Après trente ans d’absence en récital sur les scènes françaises, le pianiste Vladimir Feltsman a retrouvé Paris mercredi 10 octobre, inaugurant Salle Gaveau la première saison des « Concerts de Monsieur Croche » (compagnon imaginaire du Debussy critique musical). La soirée donnée par le pianiste russe naturalisé américain a placé la barre haut, prouvant que, si l’offre de concerts proposés dans la ­capitale semble pléthorique, certains artistes de premier plan y sont très peu invités.

 » C’est pourtant en France que fut lancée la carrière internationale de Feltsman, vainqueur du Grand Prix au concours Marguerite-Long en 1971. Mais après quelques années de tournées en Europe, au Japon et en Union soviétique, Feltsman disparaît du paysage musical. En cause, sa demande d’émigration, en 1979. Les autorités soviétiques, non contentes d’empêcher son départ, le bannissent des salles de concerts et interdisent ses enregistrements. Huit années durant, Feltsman vivra un « exil artistique intérieur », jusqu’à l’intervention de Ronald Reagan auprès de Gorbatchev, qui rendra possible son départ pour les Etats-Unis en 1987. Le pianiste est accueilli en récital à la Maison Blanche, joue à Carnegie Hall, et obtient un poste à l’université d’Etat de New York, New Paltz, qu’il occupe toujours.

 » Sa vie s’organise depuis entre enseignement, concerts et enregistrements (une soixantaine d’albums, en partie disponibles sur le label Nimbus). Rares sont cependant ses apparitions sur les scènes françaises ces dernières décennies, excepté un récital en 1988 au Théâtre des Champs-Elysées et quelques venues en concerto à l’invitation des chefs Valery Gergiev et Michael Tilson Thomas. C’est par ses disques que le producteur des « Concerts de Monsieur Croche », Yves Riesel, le découvre dans les années 1990. Son plaisir à réécouter depuis sa vaste discographie le convainc de le programmer en ouverture de sa première saison de concerts.

 » Un pari audacieux, gagné haut la main le 10 octobre tant la personnalité musicale de Feltsman séduit. Installé au piano, en chemise noire col Mao, il lance un regard espiègle au public avant d’entamer une première partie de soirée consacrée à Schumann. Le climat intimiste d’Arabesque op.18 en guise de présentation, suivi en fondu enchaîné des huit pièces-fantaisies des Kreisleriana. Des œuvres dans lesquelles Feltsman impose une liberté de ton dès les premières mesures. Son piano, instinctif, coloré et vigoureux, se réinvente sans cesse en un subtil jeu de nuances et de pédale. Feltsman se laisse emporter dans les Kreisleriana par les flots de notes aux élans passionnés jusqu’au vertige rythmique et harmonique.

 » En seconde partie, cap à l’est avec les Tableaux pour une exposition de Moussorgski, sommet pianistique remis sur le métier par Feltsman plus de deux cents fois en concert, et enregistrés en 2013. Là encore, le jeu est organique, viscéral même. Les Tableaux surgissent de son piano rugissant, aux basses musclées. Enfin, l’émotion ressentie à l’écoute de l’Intermezzo n° 2 op. 118 de Brahms, joué en bis, ne donne qu’une envie : replonger dans son magnifique double album consacré au compositeur, récemment paru chez Nimbus. « 

Le nouveau disque de Vladimir Feltsman, consacré à Brahms, chez Nimbus

 

« Jazz-Back à Gaveau »: un récital-événement de Martial Solal

MARTIAL SOLAL donnera Salle Gaveau un récital exceptionnel en solo, le mercredi 23 janvier 2019 dans le cadre de la nouvelle saison « Les Concerts de Monsieur Croche ».

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Ce concert marquera une sorte de « retour à Gaveau » puisqu’il existe déjà une histoire fameuse entre la Salle et Martial Solal.

Martial Solal a donné en effet dans ce lieu, les 3 mai 1962 et 11 décembre 1963, des concerts restés célèbres, en Trio avec Daniel Humair et Guy Pedersen, sous le titre « Jazz à Gaveau ». Enregistrés et publiés en disques, ces concerts ont été réédités constamment depuis, sous tous les formats, et sont aujourd’hui disponibles sur les plateformes de musique en ligne. 

Le label JMS distribué par PIAS fera par ailleurs paraître en novembre 2018 un nouvel album solo de MARTIAL SOLAL, intitulé « Histoires improvisées » 

Photo : (c) Jean-Baptiste Millot

Vladimir Feltsman : son disque Brahms « CHOC » de Classica !

Depuis 15 ans, Vladimir Feltsman, qu’on avait d’abord connu pour ses premiers disques chez CBS devenu Sony, a bâti avec la firme Nimbus une nouvelle et vaste discographie, d’un niveau artistique absolument exceptionnel et qui couvre tout le coeur de la littérature pianistique.

Feltsman a d’ailleurs enregistré pour Nimbus l’intégralité des œuvres figurant au programme de son concert du 10 octobre à la Salle Gaveau: Schumann : Arabesque et Kreisleriana -Moussorgski : Tableaux d’une Exposition).

Nous vous en fournissons la Playlist sur la plateforme Qobuz.

Par ailleurs, Vladimir vient tout juste de faire paraître un nouvel album consacré à Brahms. On vous laisse le découvrir… Il devrait, comme les autres, vous donner l’envie d’assister à son concert.

Ce disque Brahms est salué en octobre d’un CHOC du magazine Classica : 

Classica, Octobre 2018
 
 

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Le site de Vladimir Feltsman

Tous les disques de Vladimir Feltsman à télécharger sur le site de nos amis de Qobuz

Lettre à notre futur public

Dans quelques jours le récital de Vladimir Feltsman marquera le début de l’aventure des Concerts de Monsieur Croche à la Salle Gaveau.

Cette saison de concerts se propose, vous le verrez, de créer un nouvel espace de programmation, inédit, à Paris, au service d’artistes internationaux du plus haut niveau (7 pianistes, un claveciniste au cours de notre première saison). Alternent des noms légendaires et des talents plus jeunes, mais déjà largement reconnus sur les plus grandes scènes mondiales.

Notre initiative est d’abord née de la constatation que Paris est une ville paradoxalement moins aventureuse dans ses programmations, dans ses propositions, que par exemple les saisons régionales, ou les festivals d’été.

La conséquence en est que le « passage à la vitesse supérieure » que constitue la présentation au public parisien dans une grande salle avec toutes les garanties d’acoustique adaptée, est rendue difficile pour de nombreux grands artistes.

L’offre vous semble pourtant pléthorique ?  Mais selon nous elle rabâche beaucoup, parfois luxueusement.

Et quand on pense à la formule-reine, celle du récital, moment de vérité d’un artiste face à son public, alors on manque d’initiatives, de producteurs indépendants agissant, donc de liberté de programmation, d’aventures, de surprises, de prises de risques. Parce qu’il manque à Paris de vraies bonnes salles de dimensions moyennes. Parce que les moyens publics à Paris sont extraordinairement concentrés non seulement financièrement mais aussi, ce qui est choquant, esthétiquement. Plus il y aura de programmateurs différents capables de dire : « J’aime cet artiste et je vais le présenter », mieux ce sera. Voilà pourquoi, entre autres,  nous avons créé les Concerts de Monsieur Croche.

Mais aussi : le Paris musical manquerait-il de mémoire ? Je le crois. Nous assumons ici un certain goût pour la nostalgie en voulant faire réentendre des artistes qui ont ébloui jadis la scène parisienne et qui y sont aujourd’hui injustement délaissés.

L’espace acoustique de la Salle Gaveau permettra à tous de s’exprimer et au public de les entendre dans les meilleures conditions, qui plus est dans le centre de Paris, et pour un prix raisonnable.

Notre initiative est privée, indépendante et non subventionnée. Aurions-nous dû attendre de convaincre les uns et les autres, nous n’aurions rien fait avant longtemps.

Les Concerts de Monsieur Croche offrent une programmation qui représente une prise de risques, avec pour seuls objectifs le plaisir et la volonté de créer des moments uniques.

Si cette saison remporte le succès, ce ne sont pas les beaux projets et les bonnes idées pour la faire perdurer dans le futur, qui manquent, et dont nous comptons annoncer certains bientôt !

Voilà pourquoi nous avons mis en place des abonnements pour 8 concerts. En vous abonnant vous bénéficiez des meilleures places, que vous pourrez choisir avec nous en fonction de vos préférences, d’un accueil personnalisé, du programme de chaque concert offert, et d’une réduction de 15% sur le prix des places. En cas d’empêchement, il vous sera aisément possible de faire bénéficier de vos places les personnes de votre choix qui bénéficieront de la même qualité de service.

Il vous reste un mois maintenant pour y souscrire et de la sorte, si vous appréciez notre démarche,  disons-le franchement, nous soutenir et contribuer à nos côtés à enrichir la diversité des artistes présentés à Paris, vers plus de variété et d’anti-conformisme ! 

Yves Riesel
Directeur

PS – Notre équipe peut également proposer des formules adaptées aux entreprises et à des opérations de relations publiques de prestige autour de nos concerts. Par ailleurs un tarif « groupe » à partir de 10 personnes pour un même concert dans une même catégorie ouvre droit à une remise de 20% sur le prix des places. Contact : 07 69 70 32 51  info@concertsdemonsieurcroche.com 

Un nouveau disque de Pavel Kolesnikov : Beethoven

Pavel Kolesnikov, qui se produira le mercredi 6 février aux Concerts de Monsieur Croche, Salle Gaveau à Paris, sort ce jour un nouvel album consacré à Beethoven.
 
Au programme, deux sonates (Clair de Lune, Op. 27 n°2 et Op. 14 n°2), les Bagatelles  op. 33, les 32 Variations sur un thème original et un bouquet de petites pièces rarement jouées. L’ensemble est agencé avec un Art du bouquet consommé !
 
 
 
Chez Monsieur Croche on est en train de l’écouter avec ravissement depuis ce matin tôt.
 
 
L’album est disponible sous forme de CD, en téléchargement sur iTunes et le site de Hyperion déjà mentionné, mais n’est pas disponible sur aucune  plateforme de streaming.
 
 
Photo : (c) Jean-Baptiste Millot, Paris, Septembre 2018

Un coffret de 130 CD pour célébrer Idil Biret

Le coffret-anniversaire qui célèbre les 75 ans de Idil Biret est désormais disponible. La pianiste turque se produira à Gaveau dans le cadre des Concerts de Monsieur Croche le 16 Avril 2019.

Ce coffret constitue le portrait le plus complet que l’on puisse faire de l’artiste, en particulier de son extraordinaire versatilité en termes de répertoire, de sa curiosité insatiable.

Biret est un phénomène assez particulier au regard de la plupart de ses consoeurs et confrères. Douée comme il n’est pas permis de l’être, grande lectrice, voyageuse, elle a voulu être une femme libre avant tout, qui joue du piano. On ne se rappelle pas aujourd’hui que dans les années 70 et 80 elle a été très engagée dans le mouvement de la musique contemporaine, collaboré avec les meilleurs compositeurs de l’époque. Des années plus tard, elle a inscrit à sa discographie leurs oeuvres. Mais, en disciple de la Grande Boulangerie, Idil Biret a toujours eu horreur des chapelles – raison pour laquelle il lui semble aussi important de défendre Jean Francaix que Boulez ou Ligeti.

Biret est donc une rassembleuse. Une conteuse.  Elle a inscrit Bach, Schumann, Prokofiev et Ligeti au programme de son récital chez Monsieur Croche, renouant avec le charme que l’on pense à tort suranné des récitals de piano à l’ancienne : la promenade à travers un bouquet d’oeuvres variées du répertoire, le temps d’une soirée.

En attendant le concert, vous avez tout le temps de vous plonger dans ce coffret gigantesque et particulièrement bien documenté, distribué en France auprès des disquaires par Outhere Music.


Présentation vidéo du coffret :
https://youtu.be/6Jh_xqmaVjE

Disponible chez un disquaire survivant, ou par correspondance par exemple ici

A lire aussi :
Une pianiste turque en France, par Dominique Xardel chez Buchet-Chastel

Lukas Geniušas : une création française de Leonid Desyatnikov

Au programme de son concert du 5 décembre 2018, Lukas Geniušas a placé la création française de 12 Préludes de Leonid Desyatnikov, un compositeur avec la musique duquel il entretient une relation émue. Il nous en parle.

 » Pour moi, évoquer la musique de Leonid Desyatnikov est particulièrement intime, et important.

 » Desyatnikov a été un ami très proche de ma famille pendant tant d’années ! Avant même d’être né et par la suite alors que même que je grandissais il n’a jamais cessé de jouer un rôle important dans la vision du monde que je porte en moi, à la fois en tant qu’artiste et en tant que personne privée.

 » Quand Leonid m’a annoncé qu’il allait m’offrir ses ses 24 préludes pour piano – 24 chants de Bucovine, je crois bien que cela a été l’un des moments les plus heureux de ma vie. Les Préludes de Desyatnikov forment un véritable « opus magnum » pour piano. C’est un cycle de pièces en 24 tonalités, à l’image de celles de Chopin, Scriabine ou Chostakovich, qui possèdent une teinte folklorique très vive. Chacun de  ces préludes est basé sur la mélodie d’une chanson folklorique recueillie dans la région de la Bucovine – historiquement partagée par l’Ukraine et la Roumanie. C’est un véritable hommage à sa nation : il est né à Kharkov, en Ukraine.

 » Il est évident que Desyatnikov a subi toute une série d’influences  au cours de sa formation musicale et de son apprentissage de la composition au Conservatoire de Saint-Pétersbourg (Tchaïkovski, Stravinski, Ravel, plus tard le minimalisme américain). Mais il n’est pas le seul. Bien sûr, en tant qu’artiste du moment post-moderne, il incorpore une grande variété de styles et de langages.

 » Je préfère évoquer ici la voix singulière qui est la sienne, qui émerge très tôt, dans ses œuvres du milieu des années 70, avant qu’il n’ait même eu l’occasion d’entendre la musique de Steve Reich, John Adams ou d’autres, car leurs œuvres étaient inaccessibles en URSS à l’époque. Et que dire de l’originalité de sa musique aujourd’hui ?  La musicalité est pure et audacieuse, comme la sensibilité. L’acuité de chaque nuance par unité de temps frappe toujours. Desyatnikov, c’est une voix robuste et originale. Amer doux mais sans sucre – vous comprenez ?  Une musique qui vous asservit comme une drogue à laquelle vous allez être accro.

 » Je voudrais reproduire ici trois citations du compositeur lui-même à-propos de sa musique. Elles proviennent de ses interwiews. Desyatnikov pratique volontiers l’auto-dérision. Elles reflètent assez bien les caractéristiques, les traits et l’ambiance, de sa musique, de son style :

 » Une émancipation de la consonance  »
 » Une transformation de la banalité  »
 » Un minimalisme à visage humain »

– Lukas Geniusas