» Peter Rösel, für Sie porträtiert « 

Extraits traduits d’un opuscule consacré au pianiste Peter Rösel, publié en 1986 du temps de l’Allemagne de l’Est, par sa firme discographique…

 » Peter Rösel, für Sie porträtiert « 

En 1986, la firme étatique VEB Deutscher Verlag für Musik à Leipzig publiait "Peter Rösel, für Sie porträtiert" un petit volume promotionnel relié, consacré au pianiste principal de sa firme discographique ETERNA, Peter Rösel.

Nous nous sommes amusés à en traduire quelques extraits, en conservant la saveur de l'original. Le style de l'opuscule est résolument est-allemand. Il faut lire cela au second degré


Traduction : Mac Trautmann


Après qu’il eût interprété le Troisième concerto de Rachmaninov au Kennedy Center (1978), on pouvait lire dans le Washington Post :

« Peter Rösel est un pianiste aux dons extraordinaires. Il maîtrise parfaitement les sonorités, de la plus délicate tendresse à l’éruption la plus puissante. Parmi les deux cadences existantes il a choisi la plus longue, qu’il a joué sans la moindre lourdeur y compris dans les passages les plus difficiles. »

La Neue Zürcher Zeitung propose une très révélatrice comparaison avec de célèbres pianistes contemporains : 

« Le pianiste Peter Rösel, né en 1945 à Dresde, présentait le concerto de Schumann. Son jeu est retenu, sans préciosité, et pourtant puissant, sans dureté ni rien d’anguleux... En fin de compte on atteint un romantisme pianistique qui ne dit pas « je » mais plutôt « nous ». Cela fait bien sûr penser aux pôles opposés que sont à Pollini, Arrau, Horowitz – serait-ce chez Rösel un Schumann « objectivé » ? Certainement pas un Schumann ennuyeux, en tous les cas. »

Notons que ces citations journalistiques étrangères sont récentes, alors qu’il convient de préciser que le pianiste a été reconnu dès ses débuts par la critique de notre pays, qui voyait en lui une étoile montante au firmament pianistique.

 

A la fin des années soixante déjà, nombre de grands titres, avec une concision quasiment programmatique, attiraient l’attention : « Jeune artiste prometteur », « Un jeune maître au piano », « Formidable Rösel », « Maîtrise précoce ». Même au cours de ses études à Moscou, les auditeurs et les critiques soviétiques purent se convaincre des dons pianistiques de Rösel qui se produisit souvent dans plusieurs villes importantes ; il garde une profonde reconnaissance envers les habitants de ce grand pays.

Le 25 juillet 1988, l’agence ADN[1] annonçait dans un communiqué de presse :

« Peter Rösel est le premier artiste de la RDA à participer au festival de piano de l’Université du Maryland aux États-Unis. Il fait partie du jury du Concours international de piano William Kapell organisé par le Festival, auquel ont participé 34 jeunes pianistes de quinze pays. Le Festival présentait également des concerts d’artistes renommés. Peter Rösel a donné un concert très remarqué au théâtre Tawes avec des œuvres de Schubert, Franck, Chopin et Busoni. »

La même année, il acceptait avec reconnaissance une invitation au jury au Concours international de piano de Montréal, considérant qu’il s’y était déjà produit vingt ans auparavant – mais en tant que jeune candidat et lauréat. Nous y reviendrons plus tard.

Peter Rösel avec Kiril Kondrashin - Photo X - DR

«  J’étais très heureux d’accepter cette tâche jusque là inconnue pour moi, d’autant plus que de nombreux souvenirs me liaient à la métropole canadienne », indiquait Peter Rösel en commentant ce nouvel aspect de son développement artistique.

Cette évolution de carrière comprend un troisième jury depuis l’année dernière, à savoir le concours Carl-Maria-von-Weber organisé par le Conservatoire de musique de Munich. « Ce sont des aspects », explique Rösel de manière factuelle et concrète, « qui ne représenteront certainement pas le centre de gravité de mes activités futures, mais qui peuvent apporter de nouvelles expériences en matière d’évaluation du niveau de performance des jeunes pianistes. »

Il était ravi de découvrir cette facette de l’activité pianistique. Il est particulièrement important pour lui d’avoir pu donner l’intégrale des concertos de Beethoven avec le considérable Orchestre philharmonique de Los Angeles au cours de trois soirées, qui se poursuivront tout au long de la saison 1989/90 avec ceux de Brahms. Le pianiste mentionne également quelques concerts estivaux, entre autres au Newport Festival ainsi qu’au Festival du Hollywood Bowl, la résidence d’été du Los Angeles Philharmonic, où il s’est produit devant un impressionnant auditoire de 10 000 spectateurs. Rösel précise que ses concerts aux États-Unis ne sont certes pas un domaine d’activité majeur, mais un domaine désormais régulier.

Anfänge / Débuts

Avec une telle reconnaissance journalistique et une renommée internationale, de Berlin à Moscou, Tokyo, New York et Montréal, il est vraiment surprenant que l’on connaisse si peu le pianiste lui-même, sa biographie personnelle et ses débuts musicaux. Rösel est toujours resté très discret sur sa jeunesse.

Ainsi qu’on le verra, elle fut surtout axée autour de la musique, plus précisément son amour précoce du piano. Mais ce ne furent en aucun cas des années d’enfant prodige.

Les événements les plus tragiques accompagnaient le nouveau-né puisque sa mère et lui durent fuir la clinique le jour même de sa naissance à Dresde en 1945 ; juste après elle était entièrement détruite par les bombes anglo-américaines. C’est le tristement célèbre 13 février, dont la ville très conservatrice de l’Elbe évoque encore le souvenir de nos jours. Même la famille Rösel doit sa survie aux hasards du sort. Si sa mère était retournée dans son propre appartement au lieu de se réfugier chez ses parents, elle et son bébé auraient été les victimes de ce raid aérien, puisque leur maison fut complètement rasée par les bombes. Peu après, sa mère devait faire face à des événements plus difficiles encore en apprenant la mort de son mari au front. Pas question toutefois de se résigner, bien au contraire, il convenait de puiser de nouvelles forces dans l’adversité humaine.

Peter Rösel enfant, avec sa mère

La petite famille vécut modestement dans un tout petit espace, avec les grands-parents. La mère de Rösel, qui avait commencé sa vie comme vendeuse, étudia ensuite le chant avant d’intégrer le Chœur de l’Opéra de Dresde. Dans les années cinquante, elle assuma également plusieurs rôles solistes. C’est son mari qui l’avait incitée à poursuivre cette voie : déjà en tant qu’étudiant (en classe de direction d’orchestre), il avait été remarqué par les chefs expérimentés et réputés de l’Opéra de Dresde qu’étaient Hermann Kutzschbach et Kurt Striegler. Mais même eux n’avaient pas réussi à obtenir une exemption militaire pour le jeune homme et celui-ci, bien qu’il eût déjà son contrat Kapellmeister en poche, dut partir à la guerre – pour n’en jamais revenir.

Peter Rösel n’a donc jamais connu son père, mais seulement son grand-père, qui semble avoir été tyrannique, colérique et dogmatique, bien que doué de quelques talents musicaux. Comme le dit Rösel, il « amateurisait » suffisamment bien au piano pour accompagner les bals populaires. C’est auprès de lui qu’il a glané ses premières impressions musicales, à telle enseigne que le jeune enfant sut déchiffrer une partition avant même d’apprendre à lire et à écrire. En 1950, à l’âge de cinq ans, il était prévu – l’enfant le souhaitait d’ailleurs lui-même – que l’on commencerait les leçons de piano. Mais le professeur Ingeborg Finke-Siegmund[2] conseilla de patienter, car elle trouvait son futur élève encore trop jeune, et ses mains trop petites pour maîtriser le clavier. Un an plus tard, cependant, ce fut enfin la première leçon de piano !

En se remémorant cette époque, le remarquable virtuose qu’il est aujourd’hui se félicite de ne s’être jamais laissé embrigader dans un parcours d’« enfant prodige », préférant plutôt poursuivre une scolarité normale.

Après tout, après neuf années[3] de cours particuliers, il maîtrisait déjà le Konzertstück de Carl Maria von Weber, ainsi que la Sonate pour piano op. 2/1 de Beethoven, « ce qui n’est pas si mal si l’on considère ce qu’est le cursus des écoles de musique de nos jours », précise-t-il.

Dès l’âge de dix ans, le petit pianiste avait acquis une maîtrise considérable du répertoire, en partie grâce à la pratique de la musique domestique : on jouait à quatre mains les symphonies de Haydn, Mozart et Beethoven. En outre, il eut l’occasion d’accompagner sa mère au piano lorsqu’elle devait apprendre ses rôles à l’opéra, comme par exemple les chœurs du premier acte de Parsifal qu’elle avait chanté au festival de Bayreuth. Les collègues de l’Opéra avaient maison ouverte chez les Rösel. C’était donc l’occasion idéale pour accompagner d’autres chanteurs.

L’un d’entre eux était Harald Neukirch[4], qui à cette époque chantait dans le Postillon de Lonjumeau ; le célèbre ténor se souvient encore aujourd’hui de l’art avec lequel ce garçonnet de dix ans savait l’accompagner au piano. Rösel pouvait jouer tout le Freischütz par cœur, et il déchiffrait à vue nombre d’autres opéras. En dépit de l’atmosphère animée et ouverte qui régnait dans la maison de Rösel, il était « un enfant plus ou moins introverti », comme il le reconnaît désormais.

" Je n’imaginais pas faire ma vie à l’opéra. Cependant, ma mère aurait voulu faire revivre son mari en moi et m’imaginait volontiers en Kapellmeister. Mais enfant déjà cette idée m’était insupportable. J’aurais été terrorisé à l’idée de me présenter devant les cent musiciens de l’orchestre, et de leur ordonner de faire le diable sait quoi qu’ils n’accompliraient qu’avec dédain. Plus tard, j’ai décidé de devenir pianiste. J’y avais aspiré assez tôt et avec un certain opiniâtreté. A 14 ans, je savais exactement ce que je voulais. Dans le domaine du développement pianistique, j’étais donc un enfant plutôt « normal », toutefois animé d’une ambition résolument musicale et empreinte de réalisme."

Entre 1959 à 1961, Rösel avait acquis suffisamment d’indépendance pour se permettre de poursuivre son parcours scolaire tout en baroudant aux quatre coins du pays avec des chanteurs qu’il accompagnait au piano dans des airs d’opéra et d’opérette. C’est aussi à cette époque qu’il fut admis à la classe préparatoire aux études musicales de l’Université de Dresde.

Peter Rösel avec Lev Oborin

Über andere Pianisten / A propos des autres pianistes

« Parmi tous les pianistes que j’ai connus, Sviatoslav Richter est celui duquel je me sens le plus proche » dit Rösel, « car sa pensée musicale est extraordinairement logique et ingénieuse, précise jusque dans sa conception créatrice. C’est une vision qui me tient à cœur.

D’ailleurs, on trouve chez Maurizio Pollini lui aussi ce même esprit artistique très construit, un jeu structuré soulignant les architectures. À tout moment je peux suivre le cheminement de sa pensée, même pour une œuvre qui me serait totalement inconnue. En l’entendant on se dit : oui, voilà une solution convaincante. »

Qu’en est-il d’Emil Gilels ?
Peter Rösel se dit plus proche du « dernier Gilels » que de celui du milieu de carrière tel qu’il l’avait rencontré après 1964 à Moscou, et qui personnifiait alors le type même du « virtuose romantique ». A l’opposé, il voit dans Richter « le musicien qui analyse la signification », et dont l’interprétation de Schubert dans les années cinquante a réellement apporté une nouvelle vision, fixant également de nouvelles normes – un nettoyage de tout ce qui s’approcherait de l’esprit de salon. Aussi la façon dont il a abordé Beethoven sans le moindre compromis, « cela m’a beaucoup impressionné à l’époque ».

Certes, Rösel ferait certaines choses différemment de ce qu’il entend dans les enregistrements de cette époque, mais il reste toujours en phase avec la manière dont Richter se saisit de la musique. Quand je lui fais remarquer qu’un fin connaisseur de piano comme Joachim Kaiser[5] ne parle peut-être pas à tort de « l’agitation hystérique de son jeu, de la nervosité, de la tension de sa présence dans la salle de concert », Rösel répond que ces concepts ne veulent pas dire grand’chose.

Qu’est-ce qui est « hystériquement instable » ? Il admet certes que Richter est une véritable tête brûlée, mais qui néanmoins ne perd jamais le contrôle de sa propre logique et de son jeu. « Richter n’a jamais joué une seule note sentimentale dans sa vie. Il n’est certainement pas sentimental. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il est l’un des plus grands. »

Un autre nom, plus inattendu, apparaît dans notre entretien : celui de Claudio Arrau. Quand nous abordons la question de savoir si Arrau est un artiste factuel, discipliné et concentré comparable à Richter, Rösel intervient : « Le jeu d’Arrau évoque davantage l’idée de grande classe ». Rösel apprécie les capacités phénoménales, les dons pianistiques et la mémoire du grand maître désormais octogénaire, et reconnaît volontiers ses réalisations exemplaires.

« En 1980 à Mexico, je l’ai entendu dans un concerto de Brahms, j’étais vraiment impressionné. Ses interprétations des dernières sonates de Beethoven, par exemple, atteignent le summum de ce qui est réalisable d’un point de vue musical. » Rösel connaît fort bien la scène pianistique d’aujourd’hui. Il se rend souvent au concert et écoute tous les enregistrements disponibles, mais se démarque du battage publicitaire planétaire autour des prodiges révélés à la chaîne.

Peter Rosel. Répétition avec Peter Schreier

« Le marché occidental de la musique[6] se saisit avidement de tout ceux qui sont bons et qui dégagent des relents de sensationnel, mais les rejette ensuite tout aussi rapidement et sans la moindre pitié. Beaucoup de jeunes pianistes sont rétrogradés au deuxième ou troisième plan après un lancement aussi vertigineux que précoce, en quelque sorte sabordés pour laisser place au prochain prodige. Et des pianistes importants tels que Gulda ou Brendel, par exemple, qui  restent au premier rang depuis des décennies, doivent leur parcours à de nombreux heureux hasards, mais surtout à leur assiduité phénoménale, associée à un grand talent. »

IV - »Kampf mit den Kerzen« — der Pianist erzählt » / « Lutte contre les chandelles » – le pianiste raconte

" C’était lors d’un récital à Ljubljana, dans la magnifique salle baroque de la Philharmonie slovène. Cela faisait déjà une depuis bonne demi-heure que je jouais, en l’occurrence la magnifique sonate en si bémol majeur de Schubert. J’étais plutôt satisfait du public, du piano et même de moi.

Puis tout à coup, au milieu d’un accord longuement tenu au dernier mouvement, la lumière s’est éteinte et nous nous sommes retrouvés plongés dans le noir. Heureusement, j’ai bientôt réussi à maîtriser la panique qui montait en moi, et tranquillement continué à jouer. Autour de moi, la nuit noire, seuls les pâles panonceaux verdâtres luisaient sur deux des portes de la salle. Je ne voyais rien, et dans mon excitation je n’entendais presque rien, une seule préoccupation à l’esprit : rassembler en moi suffisamment de conviction pour mener à bien cette sonate que j’aime par-dessus tout.

Peter Rösel, en famille

Après l’accord final, tonnerre d’applaudissements dans l’obscurité, je salue et quitte la scène à tâtons. Que faire ? Renvoyer tous ces auditeurs chez eux ? La compagnie d’électricité nous informa que, suite à un incident à la centrale nucléaire, le centre ville resterait sans doute dans l’obscurité plusieurs heures encore. Finalement, on mit la main sur un chandelier avec trois bougies, deux autres chandelles furent placées sur le piano.

Le programme se poursuivait avec les Variations chromatiques de Bizet et – bien plus inquiétant – après la pause, ce serait la Sonate en si mineur de Liszt qui impose des exigences techniques considérables ; serais-je en mesure de distinguer les touches avec si peu de lumière ? Les ombres des doigts n’affecteraient-elles pas l’estimation des distances qu’imposent les redoutables traits octaves et les bonds d’une extrémité du clavier à l’autre ?

Le public avait vaillamment surmonté l’entracte dans le noir, des bougies clairsemées éclairant faiblement escaliers et couloirs. La salle restait obstinément plongée dans l’obscurité, moi seul avais droit à cinq petits lumignons sur scène. En avant pour Liszt. Mes peurs se firent réalité, la nervosité me mettait en nage, mes doigts dégoulinaient de sueur, ce qui n’était pas fait pour arranger les choses.

Mais il y avait bien pire, car commença alors une lutte à mort avec les bougies qui se consumaient bien plus rapidement que prévu. Les amples et rapides mouvements de bras qu’impose la partition les faisaient flamboyer violemment. Pire encore, elles brûlaient avec un grésillement toujours plus détestable à mesure qu’elles rapetissaient. Le crépitement venait envahir chaque silence dans le discours musical, chaque passage paisible. Et comme la sonate déroule sa demi-heure de musique sans la moindre interruption, je n’avais aucune occasion même furtive pour éteindre la plus menaçante d’entre elles, celle avec la longue mèche. J’ai alors voulu la souffler tout en continuant à jouer.

Après trois tentatives, j’y parvins enfin, même si elle continua doucement à rougeoyer devant elle. En même temps, une autre chandelle arrivait presque au bout. Celle-là aussi, je réussis à l’éteindre avant qu’elle ne mette le feu au piano. Dorénavant il faisait presque noir comme au début de l’incident. Jouer plus vite, il faut jouer plus vite, pour ne pas me retrouver dans le noir à nouveau...

Non, impossible d’imposer ça au public, après tout, ils sont venus écouter de la musique et pas se faire imposer un déluge de notes égrenées en rafale. Ruminant ces sombres pensées, je suppliai la cire de bien vouloir résister encore un peu. Le pire me fut quand même épargné. Deux autres bougies achevèrent leur existence avant que je n’arrive enfin aux cinq accords finaux pianissimo escortés en fanfare par le joyeux crépitement de l’ultime chandelle ».

Solist des Gewandhauses / Soliste en résidence auprès de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig

Lorsque l’on retrace la carrière de Peter Rösel, il convient également d’évoquer son port d’attache artistique à Leipzig : le Neue Gewandhaus[7].

Autant l’orchestre du Gewandhaus[8] est pétri de tradition, autant le titre de soliste en résidence était-il nouveau et unique, conçu expressément pour Rösel. Depuis 1976 il est donc membre du Gewandhausorchester en tant que soliste attitré. Qu’est ce que cela signifie ? Tout d’abord, pour Rösel, c’est l’occasion – et en même temps l’obligation – de participer aux grandes tournées du célèbre orchestre dans de nombreux pays européens, au Japon et au Canada, aux États-Unis et à travers toute l’Amérique latine.

Mais aussi satisfaisant qu’il puisse être de jouer devant un public mondial, avec deux concertos dans les valises pour chaque tournée, aussi grandes sont les tracasseries à surmonter.

Rosel en enregistrement avec Kurt Sanderling

Un exemple : pendant les trois semaines que dure en général une tournée, les organisateurs étrangers ne planifient souvent pas moins de vingt concerts symphoniques, qui doivent se dérouler au plus haut niveau artistique en dépit des heures d’autocar et des trop courtes nuits d’hôtel. Il ne reste pratiquement pas de temps pour un brin de tourisme romantique.

Deuxièmement, le titre de « Soliste du Gewandhaus » implique pour Rösel qu’il doit donner vingt concerts par saison, y compris un récital et un concert de musique de chambre, en comptant bien sûr les représentations en tournée. C’est là la charge annuelle du pianiste, comme « employé » de ce Gewandhaus avec lequel il se sent très intimement lié.

Troisièmement, pour Rösel, cela implique une collaboration constante avec le Kapellmeister [9] Kurt Masur, qui jouit d’une immense reconnaissance internationale et qu’il apprécie énormément. Rösel le considère comme un chef doué d’une « fraîcheur immédiate et dynamique de la musique ».

« A sa vision claire et convaincante de l’œuvre vient s’ajouter la capacité rare de vivre la musique comme un processus de l’âme toujours plus intense, et de recréer ainsi à chaque fois la nuance voulue. Cette vision des plus inspiratrices se diffuse à travers tout l’orchestre, mais incite littéralement les solistes à se considérer comme partenaires d’égale importance. Outre de nombreux et inoubliables concerts, cette étroite collaboration m’a permis de réaliser quelques enregistrements dans lesquels la cohésion entre piano et orchestre me semble exemplaire. »

Extraits choisis et traduits par
Marc Trautmann
Reproduction interdite


[1] Le Allgemeiner Deutscher Nachrichtendienst ou ADN, « Service général allemand d’information » était avec Panorama DDR (plus orienté vers la propagande auprès de l’étranger) la seule agence de presse autorisée en République démocratique allemande. L’ADN avait le monopole de l’approvisionnement en dépêches et images sur les événements d’ampleur nationale ou internationale pour tous les journaux, radios et télévisions du pays

[2] Ingeborg Finke-Siegmund (1919-2012), pédagogue très recherchée en Allemagne de l’Est ; elle a également publié de nombreux volumes didactiques pour le piano mettant volontiers l’accent sur les compositeurs contemporains

[3] Sic. Le rédacteur voulait-il écrire « neuf cours particuliers » et non pas « neuf ans de cours particuliers » ?

[4]  Célèbre ténor en RDA, 1928-2011. Ses rôles-fétiche étaient par exemple David des Maîtres chanteurs et Pedrillo de L’Enlèvement au sérail qu’il avait d’ailleurs enregistré avec Karl Böhm. Il avait fait ses grands débuts à l’Opéra de Dresde en 1959 avant de poursuivre sa carrière à l’Opéra de Berlin – où il fit ses adieux à la scène en 1993. Sans doute se serait-il taillé une plus grande carrière internationale (Bayreuth l’invitait déjà pour de petits rôles) si la construction du Mur de Berlin ne l’avait retenu derrière le Rideau de fer.

[5]  Joachim Kaiser (1928-2017), célèbre et redoutable critique musical allemand, musicologue considérable, fin chroniqueur ; son ouvrage Grands pianistes de notre temps (1965, réédité de nombreuses fois jusqu’en 1996) était alors considéré comme le Guide Michelin du clavier

[6] En opposition donc au marché du bloc de l’est

[7] L’ancien Gewandhaus, le « deuxième », fut construit en 1884 sur les plans de Martin Gropius, mais les bombardements de 1944 le laissèrent en ruine ; en 1981 on inaugura enfin le « troisième » et Nouveau Gewandhaus (« Neues Gewandhaus ») à un autre emplacement en ville, la Augustusplatz (rebaptisée Place Karl-Marx sous le régime communiste), un édifice de style dit brutaliste

[8] Fondé en 1781, c’est l’un des plus anciens et vénérables orchestres allemands, créé non pas par volonté princière ou ecclésiastique, mais par une société de notables ; parmi ses chefs titulaires, on compte Mendelssohn, Nikisch, Furtwängler, Abendroth, Walter, Vaclav Neumann et bien sûr Kurt Masur

[9] « Maître de chapelle », autrement dit le chef titulaire

Publié le 3 novembre 2019

7 novembre 2019 Peter Rösel, récital de piano
A retrouver en concert

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